Bilan lecture - Février 2021

Il y a une chose à laquelle je ne m'attendais pas en me créant une pile à lire mensuelle : lire neuf livres dans les 28 jours de février. Il y a peut-être un lien avec le fait de savoir exactement quel livre m'attend après celui en cours de lecture. D'un côté, je ne veux pas que la lecture devienne une histoire de chiffres. De l'autre, j'ai plus d'espoir d'entamer la Pile à Lire sur mes étagères. Sans plus attendre, voici les neuf livres que j'ai lus en février!


Arlis des Forains, de Mélanie Fazi · 2004


Le jeune Arlis fait partie d'une troupe de forains qui voyage à travers les Etats-Unis. Avec Katrina la danseuse et ses serpents, Jared le dresseur d'ours, Lindy, qui joue pour Arlis le rôle de la mère qu'il n'a jamais connu, et les autres, la vie est chaotique, entrecoupée de discussions houleuses et de secrets. A Bailey Creek, Arlis rencontre Faith, la fille du pasteur, dont il envie la vie stable. Mais Faith cache elle-même des secrets, et révèle peu à peu à Arlis ce qui peut se dissimuler au sein des champs de blés à perte de vue qui entourent le village.


J'ai commencé ce livre sans trop savoir à quoi m'attendre, à part à un récit fantastique. J'ai été assez surprise de la lenteur extrême du récit, qui s'étire comme un long jour d'été avant que les premiers éléments de mystère ne soient dévoilés. Je n'ai pas particulièrement accroché aux personnages ni au contexte. Pour une fois, j'aurais aimé que le surnaturel intervienne un peu plus tôt dans l'histoire pour vraiment retenir mon attention. Mais je pense que ce livre sera parfait pour les amateurs du Cirque des Rêves d'Erin Morgenstern, pour une version plus lente et minimaliste.


Cajou, un chat tigré à l'air féroce, est installé sur un lit. Un livre est appuyé à la verticale contre lui. La couverture montre un jeune garçon en costume formel, dans un champ, avec un épouvantail à l'arrière-plan.

Le Dernier Magicien, de Megan Lindholm · 1985


En grande admiratrice de Robin Hobb, il m'a fallu du temps pour oser lire les livres qu'elle a écrit sous le nom de Megan Lindholm. Je savoure l'idée qu'il me reste encore des livres de sa plume à lire, mais j'avais aussi peur de ne pas aimer le style de Megan Lindholm autant que celui de Robin Hobb. Cette édition illustrée du Dernier Magicien était l'occasion d'en avoir le cœur net. Et je suis soulagée d'affirmer que Megan Lindholm tisse des phrases tout aussi poétiques, ciselées et magiques que Robin Hobb.


Le Dernier Magicien est un roman de fantasy urbaine mettant en scène un anti-héros vétéran, jouet de sa propre magie, qui survit dans les rues de Seattle. Il y a des éclats de lumière mais c'est une histoire sombre, très sombre. Un chapitre m'a particulièrement bouleversée, mais je n'ai pas résisté à l'envie de continuer ma lecture. Je n'aurais peut-être pas ouvert ce livre si j'avais pris connaissance des avertissements de contenu, mais je ne regrette pas de l'avoir lu. C'est une histoire de survie, et j'ai vraiment ressenti toutes les batailles, mais aussi l'espoir malgré tout, du personnage principal.


TW : violence envers un animal (mais il est de mon devoir de vous dire que le chat est en vie à la fin), viol, suicide, agression.


Le livre est posé à la verticale sur le haut d'une bibliothèque, à côté de roses séchées. A l'étage en-dessous sont rangés des livres de Robin Hobb et une broderie dans un tambour circulaire.

Les Chats de l'écrivaine, de Muriel Barbery · 2020


Voici un livre adorable pour tous les âges, raconté par l'un des compagnons félins de l'autrice. A travers les pages, illustrées dans des tons de gris et d'orange doux au regard, on rencontre Kirin, Petrus, Ocha et Mizu, qui ont décidé de s'associer pour réclamer leurs droits en tant que co-auteurs et autrices des ouvrages de leur humaine. Après tout, ce sont eux qui la soutiennent mentalement tout au long de la journée, et ils ont même leur mot à dire dans le terrible processus de révision...


Un chat couché en demi-cercle autour d'un livre illustré.

Les Deux Tours, de J.R.R. Tolkien · 1955


Quand on ne trouve pas les mots pour parler encore d'un livre qu'on adore, on peut toujours faire confiance à une ou deux citations.

"La mort y était toujours présente, car les Númenóréens – comme ils le faisaient dans leur ancien royaume, causant ainsi sa perte – continuaient de soupirer après la vie éternelle et inaltérable. Les rois édifiaient des tombeaux plus somptueux que les maisons des vivants, et ils prêtaient plus de valeur aux noms de leur ancien lignage qu’à ceux de leurs propres fils. Des seigneurs sans enfants languissaient dans d’antiques salles, à méditer sur l’héraldique ; des hommes desséchés composaient, dans des chambres secrètes, de puissants élixirs, ou interrogeaient les étoiles dans de hautes tours grelottantes."
"Nous, de la maison de Denethor, tenons de longue date une bonne partie du savoir ancien ; et il se trouve préservé dans nos dépôts un grand trésor de manuscrits : des livres et des tablettes, écrits sur de vieux parchemins, certes ; sur de la pierre, et sur des feuilles d’argent et d’or, en divers caractères. Il en est certains que plus personne n’est désormais capable de lire ; quant aux autres, ils sont rarement déchiffrés. J’en puis lire çà et là quelques lignes, car j’ai reçu de l’enseignement. Ce sont ces archives qui ont attiré chez nous le Pèlerin Gris."
Une copie de l'édition en un volume du Seigneur des Anneaux en anglais, avec la couverture illustrée par Alan Lee, se tient sur une étagère devant d'autres livres concernant Tolkien. Une broderie montrant Cul-de-Sac apparaît juste derrière, ainsi qu'un bouquet de fleurs séchées.


Hello England! d'Héloïse Weiner · 2020


Cette bande-dessinée très drôle raconte la première année de l'autrice avec son fiancé en Angleterre. Cela m'a beaucoup rappelé mon premier (beaucoup plus court) séjour avec une amie, et m'a bien souvent fait éclater de rire! Un petit livre parfait entre deux plus exigeants.


Un exemplaire du livre posé sur un dictionnaire d'anglais ouvert.


La Cinquième Saison, de N.K. Jemisin (Les Livres de la Terre fracturée) · 2015


Comment parler de ce livre? C'est même difficile de le définir. Vous avez ici un mélange de fantasy et de science-fiction dans un monde post-apocalyptique. Enfin, il serait plus juste de parler de monde apocalyptique, parce qu'on a l'impression que l'apocalypse n'en finit pas d'arriver. Le Fixe y est un grand continent secoué par des séismes, sur lequel les humains n'ont pas d'autre choix que d'apprendre à survivre. L'histoire est divisée entre trois femmes, Damaya, Syenite et Essun, qui doivent surmonter des épreuves déchirantes. Soyez prévenu.e.s, ce n'est pas un livre pour les âmes sensibles. Certains passages m'ont donné la nausée, et à un moment j'ai presque dû interrompre ma lecture. Mais c'est aussi une histoire passionnante, qu'il est difficile de reposer malgré tout ce qui s'y passe.


En plus des personnages extrêmement bien écrits, le "world-building" est dense. Comme dans la plupart des grands romans de l'imaginaire, ses caractéristiques dépendent toutes d'un seul facteur (les séismes dévastateurs), mais Jemisin a vraiment réfléchi à toutes les implications de ce phénomène sur la géographie et les sociétés humaines, jusqu'à des conséquences inattendues mais qui font sens. Dans son monde, la magie ne vise pas à créer quelque chose, mais à arrêter des catastrophes "naturelles" par un transfert d'énergie. Elle évoque aussi en passant confinements, couvre-feu et masques, ce qui aurait été exotique si j'avais lu ce livre avant 2020, mais maintenant,... Bon.


TW: honnêtement, j'ai l'impression que tous les avertissements peuvent s'appliquer à ce livre, mais en particulier : viol, esclavage, maltraitance d'enfant, mort d'un enfant, violence psychologique, relation toxique, torture, pensées suicidaires, santé mentale, deuil + une mention de cannibalisme et des échos de violence sexuelle. Âmes sensibles s'abstenir.


Point bonus pour la représentation de personnages trans & bi.


Une liseuse montrant la couverture du livre est posée sur un meuble en bois à côté d'un bouquet de fleurs séchées, avec un tissu aux tons chauds à l'arrière-plan.

Nus, de Laure Becdelièvre · 2020


La bibliothèque de ma ville organise un prix du premier roman, avec une sélection de quatre livres. C'était l'occasion toute trouvée de lire un peu plus de littérature générale en français! Vous l'avez peut-être remarqué, en tant que Française je lis très peu de ce genre. J'ai d'ailleurs eu une (enième) conversation avec ma maman, qui me reprochait doucement de ne pas lire assez de "vrais" livres. Je suis sûre que la plupart des lecteurices de l'imaginaire ont déjà croisé ce commentaire ici ou là. Selon elle, il y a moins de réalité dans les aventures de personnages dans des contrées imaginaires, que dans le monde "réel". Mais, comme ce livre l'a très bien prouvé, je ne me sens pas plus proche d'une femme enceinte posant pour les élèves d'un cours de modèle vivant, que d'un Hobbit arraché au confort de son foyer.


Je lis pour m'évader, et pour trouver des échos de moi-même dans les personnages. Ce sont mes priorités. Si les personnages ne me "parlent" pas, je me concentre sur l'atmosphère, ou sur l'écriture.


Avec le premier roman de Laure Becdelièvre, je n'avais clairement rien à voir avec Mathilde, le personnage principal. En revanche, la prose m'a subjuguée dès la première page. Elle est lyrique, sans être caricaturale, et merveilleusement évocative. Dans les 336 pages du roman, je n'ai pas remarqué beaucoup de répétitions, ce qui m'a soufflée tant le récit est renfermé sur lui-même. Le livre s'ouvre sur la découverte que Mathilde est enceinte, et suit les sensations infimes ou débordantes de son corps pendant les neuf mois qui suivent, alors qu'elle continue à travailler comme modèle nu dans une école d'art. Chaque page ne parle que d'elle, ses pensées, ses sensations et ses impressions. Par moment j'avais des relents de claustrophobie par manque d'air et de perspective, mais comme je l'évoquais plus haut, il était facile de se perdre dans l'écriture. Malgré la taille du livre, il s'est révélé très rapide à lire, maix étant donné qu'il se passe si peu (et tant), j'ai eu l'impression qu'il aurait pu être un peu plus court et taper aussi juste.


Il y a une chose qui m'a fait sortir de l'histoire : les références à des évènements réels et récents, en l'occurrence les attentats de novembre 2015 en France et ceux qui ont suivi dans les pays alentours. Pour moi, il est encore trop tôt pour les rencontrer dans la fiction, et je n'ai pas trouvé que cela apportait grand chose à l'histoire ; cela m'a paru plutôt servir de caisse de résonnance pour tous les commentaires qu'on a pu lire à l'époque. J'ai trouvé aussi que c'était intégré un tout petit peu maladroitement dans l'histoire, mais c'est probablement juste parce que cela m'en a fait sortir.


Un point positif du livre est la représentation, au-delà du couple hétéro en son coeur : un personnage secondaire d'importance est une femme musulmane, grosse et fabuleuse. Un autre personnage est fondamental, mais je ne peux pas en dire plus sans trop en révéler. Il n'en reste pas moins que je les ai lus de mon point de vue de femme blanche, donc je ne suis clairement pas la mieux placée pour juger de la qualité de leur représentation.


Merci d'avoir assisté à un nouveau Ted Talk.


Avertissements de contenu : mort d'un ami, deuil, islamophobia. Mentions de sang, de fausse couche et d'horreur corporelle.


Une copie du livre est posée debout devant une bibliothèque. Une branche de rosier rompt la monotonie de la couverture blanche.


La Commode aux tiroirs de couleur, d'Olivia Ruiz · 2020


Olivia Ruiz dessine, en une dizaine de tiroirs renfermant des babioles, tout l'héritage d'une famille déracinée puis enracinée à nouveau. On y suit le destin de Rita, qui fuit avec ses deux sœurs la dictature en Espagne, et s'installe en France où elle est déterminée à se faire une place.

Le style d'Olivia Ruiz est haché, avec beaucoup de phrases non-verbales, ce qui génère beaucoup d'inattendu. On ne sait jamais où la phrase suivante va nous mener. Malgré la petite taille du roman, il demande pas mal de concentration pour cette raison, d'autant plus que dans les premiers chapitres il n'est pas toujours évident de reconnaître qui est la narratrice, de Rita ou de sa petite-fille.


Je trouve que c'est une histoire ancrée dans son temps, celui de Rita : elle est à la fois mue par un féminisme qu'elle ne nomme pas, mais est également marquée par une forme de sexisme intériorisé qui transparaît ici et là. Son histoire est assez déchirante, tant par ses tragédies que ses grands bonheurs, mais le récit reste finalement assez détaché car on suit son histoire à l'accéléré, en ne s'attardant que sur quelques moments fondateurs tandis que le reste est comme flouté par la vitesse. L'essentiel est pourtant là, et le roman brasse quantité de sujets importants sans y paraître. Même si je n'ai pas été emportée, je suis contente de l'avoir lu, même si la dernière section me laisse un arrière-goût étrange.


Avertissements : mort d'un enfant et d'un parent, deuil, maladie incurable. 


Un livre posé sur une table de chevet en bois sombre, devant un rideau d'une teinte gris-vert claire.


Le Silence de la Cité, d'Elisabeth Vonarburg · 1981 (1998)


Ce livre de science-fiction francophone, écrit par une autrice québécoise, s'ouvre dans un monde post-apocalyptique extrêmement sexiste. Les premières sections m'ont été pénibles à lire pour cette raison. Pourtant, des réflexions féministes naissent timidement, et le dernier quart pose des questions très intéressantes sur la légitimité et la violence d'un combat mené par des femmes. Ce retournement qui invite à la réflexion intervient à mon goût beaucoup trop tard dans le roman, d'autant qu'au sein de l'atmosphère sexiste qui règne pendant la plus grande partie, l'autrice met en scène un personnage genderfluid, ce qui est à ma connaissance original pour un livre dont la première édition date du début des années 1980!


Dans l'ensemble je n'ai pas adoré ma lecture, car j'ai trouvé le début extrêmement glauque, pour plusieurs raisons, notamment ce que j'ai vu comme une représentation d'inceste (je suppose qu'on peut le définir autrement en fonction de la façon dont on interprète le texte, c'est ma vision) qui n'était pas remise en cause. Mais je salue néanmoins son existence, et la voix originale de son autrice, Élisabeth Vonarburg.


Représentation: personnages genderfluid, bisexuels, homosexuels.


TW : inceste, maltraitance d'enfants, sexisme, misogynie.

Une liseuse montrant la couverture du livre est posée sur un meuble en bois à côté d'un bouquet de fleurs séchées, avec un tissu aux tons chauds à l'arrière-plan.

Pour des avis plus fréquents sur mes lectures, je vous invite à aller faire un tour sur mon compte Instagram (il n’est pas obligatoire de s’inscrire) : https://www.instagram.com/mariebreta/


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