Bilan lecture - Novembre 2020

Mis à jour : janv. 2


Novembre a été le mois du deuxième confinement en France métropolitaine. Heureusement, cela ne m'a pas empêché de lire. J'ai fait de très belles découvertes, dont l'un de mes livres préférés de l'année!


Le Musée du Silence, de Yōko Ogawa


Ce livre étrange raconte l'histoire d'un narrateur sans nom, qui arrive dans un village de campagne pour y créer un Musée du Silence - qui accueille les objets laissés par les personnes qui viennent de mourir. Cest objets racontent l'histoire spécifique de leurs possesseurs, et gardent une trace d'elles et d'eux quand leur souvenir s'est estompé.


C'est un roman assez déroutant, dans lequel le concept du musée m'a semblé être le moins étrange de tous. L'autrice crée un décor hors du temps et de l'espace, en mêlant des éléments de différentes époques y compris quelques détails très contemporains. L'ombre de l'employeur du narrateur, une vieille femme qui n'a pas la langue dans sa poche, baigne tout le manoir où la collection est gardée en attendant la construction du musée. Aucun des personnages principaux n'est nommé, ce qui est une idée de génie pour éviter toute référence culturelle, mais cela crée énormément de distance et de répétitions au sein du texte : la jeune femme, la vieille femme, le jardinier, etc, ne sont décrit qu'avec les mêmes périphrases à travers le livre.


Bien que j'aie apprécié le concept et l'atmosphère d'indétermination qui flottait, je ne dirais pas que j'ai adoré ce livre. Je ne me suis jamais sentie investie, et certains retournements de situation étaient bien trop tirés par les cheveux.


Attention aux personnes sensibles, il y a des éléments d'horreur corporelle.



Au Soleil Redouté, de Michel Bussi


Cinq femmes gagnent un concours. Le prix? Un atelier d'écriture d'une semaine sur une île des Marquises avec l'écrivain le plus connu et célébré du moment. Tout a l'air parfait à leur arrivée... jusqu'à ce que les choses dérapent.


Ce livre m'a été recommandé par une participante à mes propres ateliers, donc j'étais particulièrement curieuse de le lire, bien que ce soit un thriller - un genre que je ne lis jamais. Je l'ai trouvé bien construit et malin, en termes de scénario. Il y avait plein de rebondissements, et comme je m'y attendais, je n'ai pas imaginé une seule seconde quelle serait la révélation finale. J'ai moins apprécié la façon dont le livre était découpé, avec des douzaines de très courts chapitres écrits à partir de points de vue différents. Je comprends l'intérêt de ce procédé, mais cela ne m'a pas aidée à m'investir dans le livre. A chaque fois que je trouvais mon rythme de lecture, le chapitre se terminait et un autre personnage prenait le micro, pour ainsi dire.


Une chose qui m'a particulièrement dérangée est les idées sous-entendues par la narration. D'abord, quel que soit le narrateur (souvent une narratrice), il y avait des jugements constants sur les apparences des personnages. Une scène notamment, pendant laquelle plusieurs femmes de l'atelier vont se baigner, était un catalogue de commentaires - l'une est fine et belle, l'autre est un peu trop grosse, etc. Et le pire? Une des femmes arrivait sur l'île accompagnée de son mari et toutes les autres femmes présentes (y compris la fille de l'une d'entre elles, du haut de ses 16 ans) avaient des vues sur lui. Vraiment. Et à la fin, on en est venu à la grossophobie et à la culture du viol. Non merci! La montée de la tension et des enjeux n'est jamais une excuse pour utiliser des idées aussi rances.


En bref, je dirais que c'est un livre techniquement abouti, mais dont je n'ai pas particulièrement apprécié la lecture.



L'Art d'écrire, enseigné en vingt leçons, d'Antoine Albalat


Voici un livre qui m'est arrivé un peu par hasard mais qui s'est révélé très distrayant. Ce traité sur l'art d'écrire date de 1899 (mon édition de 1955) mais il se lit très bien. L'auteur explique ne pas vouloir y aller par quatre chemins, ni utiliser de grands mots. En 20 chapitres il couvre des notions essentielles aux écrivain.e.s, dont la plupart sont toujours valables aujourd'hui (et souvent reprises dans des articles voire des livres récents sur l'écriture) : lire beaucoup, écrire des choses qui résonnent en vous plutôt qu'imiter les écrivain.e.s que vous admirez, etc. J'y consacre un article de blog ici.



Silver in the Wood, d'Emily Tesh


Je déclare par la présente que ce livre est une perfection.


Silver in the Wood est une novella, un arbrisseau d'une centaine de pages, mais doux Eru, ces cent pages sont remplies à ras-bord de beauté et d'émotion. Elles ont pris mon coeur, l'ont planté sous une couche de feuilles d'automne en décomposition, et l'ont observé pousser sous un pâle soleil de printemps. Oui, je l'aime assez pour écrire ce genre de choses stupides.


Ce qui est drôle, c'est que je n'avais pas vérifié le synopsis de ce livre avant de le commencer, et dans ma tête je le confondais avec un autre, de sorte que je m'attendais à une histoire différente. Mais c'était parfait comme ça, parce que Silver in the Wood est une histoire tellement courte qu'il vaut mieux ne rien lire à son propos avant d'y plonger. Sachez juste qu'il est question de folklore, de forêts et d'enracinement. C'est merveilleusement inattendu, et il y a un chat (il est de mon devoir de vous divulgâcher cette minuscule information : le chat est toujours vivant à la fin).



Le Chant des cavalières, de Jeanne Mariem Corrèze


Un livre de fantasy féministe avec des dragons. Dois-je en dire plus? Il comblera les fans du Prieuré de l'Oranger de Samantha Shannon avec lequel je lui trouve une parenté.


Deux voix racontent l'histoire des cavalières. D'une part une Matriarche nouvellement nommée à la tête de la citadelle de Nordeau, et d'autre part son écuyère Sophie pleine de promesses qui se sent mise à l'écart par sa maîtresse constamment accaparée par ses obligations.


C'est un roman presque exclusivement féminin, en tout cas dans ses premiers chapitres. Quelques hommes d'importance font leur apparition, d'abord à travers quelques mentions, puis par l'apparition d'un personnage essentiel dont bien sûr je ne dévoilerai rien (mais il s'appelle Myrddin!). A toutes les mauvaises langues qui diront que ce livre ne fait qu'inverser la proportion inégale entre le masculin et le féminin dans les romans de fantasy, je leur dirai qu'elles n'ont pas tout à fait tort, mais qu'un seul roman ne suffit pas à rétablir un équilibre au sein d'une bibliothèque de genre où les personnages masculins constituent une majorité encore écrasante.


Jeanne Mariem Corrèze crée un vaste éventail de personnages complexes, dont les deux narratrices sont la voix. Sa plume est foisonnante, riche et complexe. Parfois, je dirais que ce roman est un peu trop écrit : les adjectifs se multiplient et certaines phrases semblent répétitives. Mais il y a une force épique dans l'écriture de Jeanne Mariem Corrèze qui sert son histoire.


Cette dernière me paraissait un tout petit peu confuse au début du roman : j'ai eu du mal à saisir les enjeux, qui m'ont paru se nouer un peu tard dans la narration, si bien que la fin m'a semblée un peu rapide. Mais je tiens à préciser que c'est le premier roman publié de l'autrice, et qu'en soit c'est époustouflant de maîtrise. Elle tisse des topoi du genre (les dragons, la caste guerrière, les intrigues politiques) avec une multitude de détails originaux. Le royaume de Sarda, peuplé par les cavalières, est scindé en plusieurs régions toutes soumises à des conditions de reddition signées des siècles auparavant avec le royaume voisin. Si les mentions des ennemis sonnent assez manichéennes, en revanche les relations entre les différentes régions de Sarda ne le sont pas. Chaque matriarche marche le long d'une ligne pâle entre le bien et le mal, posant le pied alternativement d'un côté et de l'autre.


Dans l'ensemble, je suis impressionnée par ce roman et ô combien ravie de son existence même. Il me redonne foi en la fantasy française (une foi que j'avais perdue cet été après une lecture terriblement misogyne) et me donne à nouveau envie de l'explorer. Ce livre n'est peut-être pas parfait (on peut lui reprocher le manque d'indépendance de son héroïne qui se fait balloter de-ci de-là), mais je trouve que tout est bien lié et expliqué, malgré une fin un peu abrupte.



La Petite Faiseuse de Livres, par Miya Kazuki, Suzuka et You Shiina


Ce manga, recommandé par mon amie Kimberly Taylor-Pestell, est un des livres les plus mignons que j'aie jamais lus. Je n'ai pas beaucoup exploré le genre (du manga) depuis le lycée, mais je n'ai pas résisté à l'histoire de ce rat de bibliothèque qui meurt sous une pile de livre et est réincarné dans le corps d'une petite fille, dans un monde où les livres ont l'air de ne pas exister.


Beaucoup de thèmes sont abordés dans ces quelques pages. Il est question de classisme, de handicap (l'héroïne souffre de fièvres à répétition et d'une santé chancelante). C'est aussi plein d'humour, et le personnage principal est aussi obsédé de gastronomie que moi.


J'ai été ravie de trouver ces deux tomes dans ma bibliothèque municipale! Malheureusement il n'y avait pas les tomes suivants mais je pense que j'essaierai de me procurer le roman que cette série de manga adapte.



Le Langage de la Nuit : Essais sur la science-fiction et la fantasy, d'Ursula K. Le Guin


Voici un recueil d'essais et de discours écrits par Ursula K. Le Guin dans les années 1970. Comme le titre l'indique, il s'agit principalement de discussions sur les littératures de l'imaginaire, leur histoire, l'opinion de Le Guin à ce sujet, et leur place dans le monde de l'édition. L'autrice a le chic pour faire passer des idées complexes avec les mots les plus simples, ce qui me ravit au plus haut point, d'autant plus qu'elle parsème ses textes d'anecdotes amusantes. Cela rend ce recueil très facile à lire. Je pense qu'il peut plaire à beaucoup, y compris des personnes qui n'ont pas l'habitude de ces genres. Par moment on sent que Le Guin écrivait il y a cinquante ans, étant donné que le paysage littéraire a heureusement beaucoup changé en termes de SF et fantasy, mais la plupart de ses idées restent d'actualité aujourd'hui. Je dirais que c'est un signe de la qualité de ce recueil.



Pour des avis plus fréquents sur mes lectures, je vous invite à aller faire un tour sur mon compte Instagram (il n’est pas obligatoire de s’inscrire) : https://www.instagram.com/mariebreta/


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