Au pied du mur

Mis à jour : 25 nov. 2020

Fenn leva les yeux en soupirant le long du mur attaqué par la mousse au pied duquel il faisait le guet. Tout là-haut, au même moment, sa collègue lui cria quelque chose mais le claquement de l’étendard couvrait le son de sa voix. Elle laissa tomber un galet marqué d’un symbole blanc : urgence. Pas le temps d’appeler quelqu’un d’autre.


Fenn se précipita vers la poterne. Il garda ses yeux fermement fixés au sol et commença l’ascension, le cœur battant déjà à toute vitesse. Il se concentrait sur l’image du galet peint pour ignorer la volée de marches devant lui et surtout son mouvement tourbillonnant.


Fenn plaçait soigneusement un pied devant l’autre quand il glissa sur les marches lisses et s’affala par terre dans un bruit de ferraille. Il roula sur le dos en grognant et, dans un réflexe stupide, ouvrit les yeux. En face de lui, les pierres taillées dansaient, tout respect pour la perspective oublié. Le haut était le bas, les ombres se couraient après et Fenn sentit la panique le gagner.


L’arête des marches rendait sa position impossible à tenir plus longtemps ; il se redressa pour s’asseoir. Cela n’encouragea pas les lignes dans son champ de vision à se stabiliser, mais en gardant les yeux bien fermés Fenn parvint à prendre une grande inspiration. Il attrapa la corde qui serpentait le long du mur, se mit debout et reprit son ascension, marche après marche, à l’aveugle. Ne pas voir où il mettait les pieds était le moindre de ses soucis, tant qu’il rejoignait sa collègue qui gisait peut-être déjà morte, écroulée contre les créneaux, les bras pendant dans le vide. A intervalles réguliers, les paupières de Fenn rougeoyaient, signe qu’il passait devant une meurtrière par où filtrait le soleil.


Il perdit vite le compte des marches, mais il sut où il se trouvait quand sa main tendue heurta la trappe qui menait en haut de la tour. Il ouvrit les yeux et poussa le battant. L’autre garde lui fit signe de s’approcher, un doigt sur les lèvres. Fenn s’approcha des créneaux et jeta un œil en contrebas, suivant l’index pointé de sa collègue. Son regard plongea le long des pierres de la façade, indifférent à la mousse qui les recouvrait, et avant même de repérer ce qu’il était censé voir, Fenn s’évanouit.


J’ai écrit cette micro-nouvelle en suivant à nouveau les instructions de Mary Robinette Kowal (lisez par ici la première micro-nouvelle que j’ai écrite grâce à sa leçon). Cette fois, c’était pour un atelier d’écriture en ligne au cours duquel j’ai présenté sa technique aux participant.e.s. J’avais fourni des duos de mots à introduire dans les textes en fonction des genres choisis par les écrivain.e.s au début de l’atelier. Mon choix s’est porté sur la fantasy, et mon personnage principal devait être un.e garde. J’ai rapidement oublié quel était le second mot que je devais utiliser.

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