Les Forestiers

Le soir était brumeux et l’obscurité allait bientôt tomber.


Un par un, le petit groupe des forestiers rebroussait chemin et retrouvait la vaste étendue du ciel, dissimulée pendant la journée par l’épais couvert de la forêt.


La petite Maïa attendait, à la lisière du village, face à la muraille de troncs, que sa mère Rhéa lui revienne. Elle avait l’habitude de partir plus tôt que les autres, s’enfonçait plus loin dans les bois et rentrait souvent juste avant le crépuscule, quand le pouvoir des hommes s’effaçait et que la forêt reprenait ses droits sous la lune.


Ce jour-là, la brume avait avancé l’heure du retour des forestiers. Maïa avait regardé chaque silhouette surgir du brouillard vert-de-gris, la petite hache battant contre la cuisse et le regard lointain de ceux qui ont entrevu le grand mystère.


La mère de Maïa avait ce regard-là, elle aussi, et parfois, quand la petite se réveillait la nuit, la lune faisait briller les yeux écarquillés que le sommeil fuyait. Alors Maïa tendait le bras et, d’un geste léger, fermait les paupières de Rhéa.


Ce soir, sa mère ne rentrait pas. Assise à côté du chemin qui quittait les maisons pour s’enfoncer entre les arbres, Maïa sentait la nuit avancer. La nuit, tous les enfants le savaient, était le domaine de la forêt. Le seul refuge contre ses sortilèges était un sommeil profond, à l’abri des murs de la maison.


Il restait encore quelques minutes avant que le soleil disparaisse tout à fait. A chaque instant, Maïa s’attendait à voir la brume s’agiter puis recracher sa mère sans bruit. Un couple de forestier s’approcha derrière elle et proposa, à voix basse, presque en s’excusant, d’accueillir Maïa chez eux ce soir. Ils avaient remarqué l’absence de Rhéa mais il était interdit de partir à la recherche d’un forestier dans les bois à la nuit tombée. Une disparition était déjà tragique, mieux valait ne pas en provoquer d’autres.