Une soupe intergalactique

La nuit tombe de plus en plus tôt depuis quelques semaines. Si cela continue, le soleil ne prendra même plus la peine de se lever. Bérénice soupire en regardant, par le hublot, les premières étoiles apparaître dans le ciel. A ses côtés, son chat Quinoa admire le paysage avec un enthousiasme non dissimulé. Les gouttes qui glissent le long de la vitre accrochent la lumière des réverbères, et il s’amuse à essayer de les attraper en frottant frénétiquement sa patte sur le carreau. La petite pluie persistante du début de soirée s’est transformée en averse généreuse pour son plus grand plaisir.


Plus le plus grand déplaisir de sa maîtresse, il lui faut affronter les éléments et sortir de son abri douillet. Elle s’extrait à regret de sa robe de chambre et s’empare de sa télécommande pour appuyer sur le bouton de sa garde-robe. Une voix synthétique lui demande de préciser son choix, puis un léger vrombissement emplit l’espace de la petite chambre. Un pan de mur s’ouvre alors pour révéler la combinaison de Bérénice, option imperméable. Elle l’enfile, remonte la fermeture étanche jusqu’au menton, puis visse son casque hydrofuge.


Un dernier regard à Quinoa qui l’ignore, tout à sa séance de pêche aux gouttes d’eau, et Bérénice entre dans le sas de son appartement. Elle remonte le long couloir qui dessert les logements voisins jusqu’au hall d’entrée, dans lequel un immense sapin enjoint avec force guirlandes lumineuses les passants à faire preuve d’esprit de Noël. Il est décoré d’un bric-à-brac récupéré chez les habitants de l’immeuble : des boules façon vaisseau spatial, des ours en peluche à l’ancienne, des boules de toutes les couleurs et de tous les matériaux. Un petit drone en forme de traîneau tourne inlassablement autour du sapin en émettant des mélodies saisonnières qui ont le chic pour s’ancrer de manière indélébile dans l’esprit de Bérénice.


Elle passe un second sas au son de « Mon beau trou noir » et sort dans la nuit. Sur le ciel sombre, les planètes voisines se détachent particulièrement bien. On apercevrait presque les champs d’hydrogène de Mercure et les usines de Vénus, mais Bérénice n’est pas d’humeur à admirer le paysage. Elle traverse la rue à petits pas pressés – autant que lui permet sa combinaison encombrante, traverse le parking à capsules spatiales et s’engouffre dans le sas de la boutique de l’autre côté. Quand les portes coulissantes s’ouvrent pour la laisser entrer, elle est accueillie par le généreux cri du patron : « La soupe est prête ! »


Bérénice retire son casque, et les effluves d’épices et de légumes rôtis l’envahissent. De vrais légumes, pas les versions lyophilisées qui forment l’essentiel de son régime alimentaire. Elle en salive à l’avance. Elle se dirige vers le comptoir, commande une soupe à emporter avec supplément croûtons et une portion de croquettes de tofu pour Quinoa, puis retrouve un peu à regret la pluie battante. Elle serre dans une main le sachet en bioplastique avec ses croûtons et le dîner de Quinoa, et dans l’autre son grand gobelet de soupe qui fume abondamment malgré le couvercle. Un brouillard épais recouvre sa visière dès qu’elle met le pied dehors.


Elle trottine le long du court trajet en sens inverse jusqu’à son appartement,